J 050 Touloun -Zima

Dimanche 1er Juillet 2018

Touloun se réveille doucement… et moi aussi je ne suis pas en avance. La soirée d’hier a été un peu plus longue que prévu avec le match France-Argentine.

Quel match !

Donc ce matin le réveil a du mal à me relancer sur la route.

Mais il faut y aller. J’ai prévu une étape de 136 km aujourd’hui…

A 7h je descends l’escalier de l’hôtel ce qui me permet d’illustrer mon propos sur la taille des marches…

La gare routière de Touloun :

Les bords de la Lya, au sud de Touloun :

Sur la route je croise une statue qui me semble être de Lénine mais je ne reconnais pas le nom écrit au-dessus de la faucille et du marteau…

Et encore plus loin une autre statue, encore plus mystérieuse :

Je traverse Cheragul, petit village tranquille (quand on n’y croise pas de camion).

Vidéo

Ensuite c’est la zone de réfection de chaussée habituelle si ce n’est qu’ils ont décidé de revenir à la couche primaire de la toundra : pendant des kilomètres je roule sur des galets et des silex ou dans du sable… très désagréable !

A part ces travaux vous vous demandez peut-être à quoi ressemble la Sibérie ?

A ça par exemple :

Puis une petite église flambant neuve:

Et je traverse un village où la desserte des autocars le dimanche doit être réduite car les abris-bus sont bondés :

La Sibérie c’est aussi comme ça…

Ou comme ça :

Je passe devant une station service ou des vaches font le plein…

(Après les chèvres qui attendaient l’autocar, rien ne m’étonne plus).

Tiens ! Encore une zone de travaux…

Quand je pense qu’au début de mon séjour j’avais supposé qu’on remettait à neuf les villes qui accueillent des matchs de la Coupe du Monde de Football… et bien non ! C’est partout qu’on remet le réseau routier en état.

Vers 16H30 je suis arrivé à l’hôtel-étape : finalement ces 136 kilomètres sont passés comme une lettre à la Poste !

Je suis prêt à regarder les Russes se faire éliminer par l’Espagne… hum je ne pense pas être un très bon pronostiqueur ! Au revoir à nos amis Espagnols qui ont eu la politesse de ne pas éliminer le pays organisateur.

A demain !

J 049 Nijneoudinsk – Touloun

Samedi 30 Juin 2018

A 6H30, quand je quitte l’hôtel, c’est la purée de pois dehors. Les pluies de la fin d’après-midi et de la nuit ont saturé l’air d’humidité et il faut mettre les lumières sur le vélo car la visibilité est vraiment réduite.

Avant de partir j’ai croisé un visiteur qui me demandait « l’administrator » de l’hôtel : visiblement il veut prendre de l’eau chaude dans la fontaine du couloir. Une minute plus une jeune femme me demande où sont les toilettes. Décidément je dois être le seul debout pour que tout le monde s’adresse à moi..

En fait les gens de passage sur la route savent qu’un hôtel signifie quelques éléments de confort et, certainement avec un pourboire pour l’administrator, en profitent au passage.

Dans la cour le gardien de nuit m’abreuve de questions, auxquelles je ne comprends rien et il finit par utiliser le service des visiteurs que j’ai croisés dans le couloir pour satisfaire sa curiosité : il veut connaître mon âge…

Après il me regarde avec commisération : je n’ai pas les moyens d’avoir une « machina » pour traverser la Sibérie…

Par contre le couple qui sert d’interprète le sert chaleureusement la main et le souhaite bonne chance !

Je pars donc « dans la brume grise… » pour cette nouvelle étape qui doit m’emmener à Touloun.

Dans le petit matin Nijneoudinsk est une ville bien calme.

A peine sorti de l’agglomération la route se met à monter.

Je me fais doubler par le 4×4 du couple qui s’était arrêté à l’hôtel. Ils s’arrêtent et ils commencent à me photographier sur toutes les coutures en plein effort !

J’aimerais bien récupérer ces photos 😉.

J’ai juste le temps de voir le nom d’un site internet en vitrophanie sur la lunette arrière http://www.tartastan.club. Peut-être que par ce moyen je pourrai entrer en contact avec eux…?

Ensuite le trajet jusqu’à Touloun se déroule sans anicroche.

Après 117 kilomètres j’arrive dans l’hôtel Central juste avant que l’orage n’éclate.

T

Taons, moustiques et autres moucherons…

Depuis un mois et demi j’observe in situ les insectes volants.

J’avais été largement prévenu des invasions de moustiques, mais je dois dire que jusqu’ici le moustique russe me déçoit beaucoup… Pour faire court je le trouve apathique. Il se laisse facilement écraser sans le moindre cri de détresse. Les insecticides classiques ou les lotions en viennent à bout facilement. Donc ne criez pas haro sur le moustique russe. Sa seule force c’est son nombre : c’est évident que dans un nuage d’une centaine de moustiques , deux ou trois kamikazes vont échapper à votre vigilance et vous piqueront.

Mais on est loin des descriptions apocalyptiques que j’avais pu lire.

Beaucoup plus sérieux est le taon

Les taons surveillent des portions de route qui leurs sont attribuées par un soviet des taons. Ils vous attendent sur le secteur qui est le leur et vous accompagnent en général sur 2 ou 3 km puis s’en vont comme ils sont venus (s’ils sont encore vivants).

Pendant ces 2 ou 3 km les taons tournent autour du vélo (et du cycliste) pour le rendre fou (c’est leur tactique). Ils réussissent en général très bien leur stratagème et vous courrez le risque de quitter la chaussée ou de vous retrouver devant un camion qui veut vous doubler à cause des grands moulinets que vous faites avec les bras pour essayer de les chasser…

Ça ne sert à RIEN… vous n’attraperez jamais un taon qui virevolte autour de vous.

Il faut juste attendre qu’il vous pique 😬

C’est le seul moment où le taon relâche sa vigilance pour se repaitre de votre sang.

Et vous savez très bien quand le taon vous pique, car ça fait TRÈS mal !

C’est a cet instant précis qu’il faut exterminer l’adversaire.

Mais ne vous inquiétez pas, si vous avez eu la chance d’en écraser un ou deux, ou si par malchance vous vous êtes frappés comme un malade sans toucher le taon, une nouvelle occasion va bientôt se présenter à vous, car l’escadrille suivante est déjà en train de vous guetter et elle ne va pas tarder à arriver…

Le moucheron enfin…

Insecte volant insignifiant qui vous indiffère totalement jusqu’au moment où vous en prenez un dans l’œil.

Là vous comprenez que vous avez en face de vous une espèce qui date de l’époque soviétique car le moucheron russe tient dans ses petites pattes une faucille et un marteau.

C’est la seule explication que j’ai trouvée à la douleur que provoque cette misérable bestiole quand elle vous percute la cornée…

Parfois le moucheron devient carnivore et il vous mordille gentiment la peau… à ce moment là pensez aux ours et aux loups et remerciez le ciel d’avoir à faire à un moucheron… ça vous consolera tout de suite !

J 048 Alzamaï – Nijneoudinsk

Vendredi 29 Juin 2018

Je vous envoie juste quelques photos de cette journée de vendredi qui m’a permis de souffler un peu avec 90 km à parcourir…

Une armée de bouleaux étêtés… reste d’un coup de vent brutal sur ce petit col ou le poids de la neige ?

La route est ponctuée de petits vendeurs avec leurs samovars, des pots de miel

L’odeur du bouleau qui brûle dans le samovar est très agréable, le thé parfumé, les airelles acidulées… du plaisir pur !

Je ne suis pas le seul touriste à m’arrêter.

J’ai passé un petit moment à discuter avec la marchande de thé qui voulait me faire goûter des galettes faites à la doma… or j’en avais pris chez le marchand précédent, 2 kilomètres avant, et je n’avais plus faim. Pour ne pas la vexer je lui ai montré que je surveillais mon poids. Elle m’a fait comprendre qu’elle même était un peu « enveloppée » et je lui ai conseillé de faire du vélo pour perdre du poids… ce qui l’a bien faite rire… vous voyez qu’on peut discuter même sans parler un mot de russe 😊

Je suis à mi-chemin du trajet entre Irkoutsk et Krasnoïarsk :

Les papillons m’accompagnent, jusqu’à rester sur mon casque !

Enfin deux conseils si vous visitez la Russie

Escaliers… à la russe

Faites attention aux escaliers… il y a toujours une marche plus haute ou plus petite et vous allez forcément être déséquilibré(e) en passant la dite marche. Tenez bien la rampe !

Robinets

Les robinets (eau chaude/eau froide) sont, une fois sur deux, branchés à l’inverse des couleurs rouge et bleu qui vous indiquent où vont couler eau chaude et eau froide. Donc le mitigeur fonctionne à contresens.

Et l’eau chaude en Russie est TRÈS chaude… alors faites bien attention quand vous vous lavez les mains ou que vous prenez une douche à ne pas vous ébouillanter.

J 047 bis Nizhnyaya Poyma – Alzamaï

Jeudi 28 Juin 2018

Je reprends le fil de la journée de Jeudi…

Pas de suspense puisque vous savez que j’ai atteint l’arrivée de cette étape, mais…

Je commence la journée par une grosse frustration : après 20 km je m’arrête dans un Café, bienvenu, puisque je suis parti sans petit déjeuner.

Je passe ma commande et je vais me laver les mains dans le petit espace-lavabo près de la porte d’entrée. Et pendant que je suis en train de me rincer les mains, je regarde machinalement par la fenêtre et je vois passer un cyclotouriste qui avance vers Krasnoïarsk … c’est trop bête ! Si je ne m’étais pas arrêté je l’aurais croisé et j’aurais rencontré un collègue… le deuxième après Sven qui venait d’Hanovre.

Je me précipite à l’extérieur mais je ne l’ai vu qu’alors qu’il avait passé le Café d’une cinquantaine de mètres. Après la route tourne et descend… je siffle entre mes doigts de toutes mes forces ! J’ai le temps de voir son visage se tourner en arrière et il disparaît, happé par le virage et la descente.

Je ne saurai jamais qui il est, d’où il vient. Il m’a semblé voir un visage barbu, ça sera tout.

Je suis horriblement frustré…

Tant pis, c’est comme ça 😔.

Après quelques kilomètres, je passe au-dessus d’une belle rivière, la Biryusa:

Cette rivière fait des méandres et le village éponyme, se trouve inséré dans les boucles de la rivière :

L’autoroute du Baïkal (R 255) est en travaux et mon trajet me fait traverser le bourg de Biryusa. Je dois emprunter le pont tout au sud et rejoindre l’autoroute par une route secondaire.

Je traverse le village et je m’arrête dans une petite épicerie  : fruits et sodas.

Les enfants du village sont bien élevés et me demandent poliment d’où je viens :

Je continue jusqu’au pont que je m’apprête à franchir quand

Demi tour et je refais mon chemin en sens inverse.

D’après les explications des plus grands enfants, il y a belle lurette que ce pont a disparu. Il faudra que Google mette sa carte à jour.

Ce détour me permet de passer par une source captée où tout le monde remplit ses bidons… j’en fais autant :

Et c’est reparti sous le soleil après ce petit détour.

Une demi-heure après c’est « la » zone de travaux qui se profile à l’horizon :

Équipement de protection obligatoire :

Ayant avalé toute cette poussière je n’ai plus très faim et j’avance pour essayer de récupérer l’heure perdue avec le changement de zone horaire.

Un peu avant 16H un mirage sur la route devant moi…

Après la frustration de ce matin une double compensation puisque c’est un couple qui arrive.

Ce sont deux jeunes russes de retour du… Vietnam !

Quand je vous dis qu’on est sur une petite planète et que voyager en vélo ça vous permet d’aller partout !

Trop brève rencontre mais le contact est noué et j’ai leur mail : j’espère avoir bientôt plus d’infos sur leur voyage 😋.

Il faut repartir mais cette fois avec le sourire né d’une rencontre !

La route est toujours ponctuée de montées sérieuses et c’est à 19H30 que je boucle les 137 kilomètres de la journée.

Et il faut négocier un peu le prix de la chambre qui se paie à l’heure dans ce motel.

Du coup je sais que j’aurais quitté l’hôtel à 6 heures demain matin.

Je ne sais pas encore que le WIFI de ce motel cache une connexion internet quasi inexistante… 😬.

À bientôt !

J 047 Nizhnyaya Poyma – Alzamaï

Jeudi 28 Juin 2018

J’essaie de poster un mini-article juste pour dire que je suis arrivé à mon étape du jour.

Avec une heure de retard ! Car j’ai changé de zone horaire aujourd’hui : je suis à Paris + 6 (ou GMT + 8), comme Sébastien à Shanghai.

Je suis donc à la même heure que les 1400 millions de Chinois qui n’ont qu’une zone horaire de l’Est à l’Ouest de la RPC.

Donc tout va bien après 139 km dans la journée.

Il n’y a que la connexion internet qui laisse à désirer ce soir…

J’espère pouvoir vous envoyer un peu plus d’infos demain soir.

Merci de votre patience et de votre compréhension !

🤓

J 047 Kansk – Nizhnyaya Poyma (Gostinitsa « Medvezhiy Ugol »)

Mercredi 27 Juin 2018

Plein de bonnes résolutions et après une bonne nuit à peine troublée par le match nul entre la France et le Danemark (rappelez-moi le nombre d’habitants au Danemark ?), je suis prêt à partir à 5H45 👍

C’est sans compter sûr la réceptionniste du Yug…

Elle m’attend (à 5H45…), l’air bien contrarié.

Il lui faut savoir où j’ai dormi le 21 Juin…

En bon français, dès que je sens s’approcher une laisse et qu’on veut la passer autour de mon cou… je deviens stupide.

Donc je commence par lui dire que j’ai fait du camping.

Ça ne la fait pas rire du tout (moi non plus, je veux PARTIR !).

On déballe toutes mes notes d’hôtel sur le bureau de la réception, on vérifie toutes les dates (du coup il est 6 heures) et on ne trouve rien au 21 Juin.

Elle me montre un calendrier, je passe mes photos en revue (elles sont datées et geo localisées).

En principe j’étais à l’hôtel de l’aéroport de Krasnoïarsk. Comment je peux savoir s’ils ont bien fait l’enregistrement de mon passage… je veux PARTIR  !

Je suis obligé de lui trouver les numéros de téléphone des 2 hôtels de Krasnoïarsk qu’elle note soigneusement avant de me rendre mon passeport et son « registrate » à elle.

Il est 6H20 quand je photographie l’hôtel avant d’enfourcher mon vélo

À cette heure matinale il y a peu de circulation et je peux photographier la porte de la ville (en carton pâte je pense) à l’extrémité du pont sur le Kan

Les berges de la rivière sont vierges de tout pécheur (ça semble pourtant une activité incontournable à Kansk vu le nombre d’échoppes d’articles de pêche.

Après une très longue montée (à laquelle je m’étais mentalement préparée depuis la veille…) je sors de la vallée pour aborder le jeu favori des russes : les montées et les descentes (d’ailleurs l’attraction foraine que nous appelons « Montagne russe » s’appelle… « Montagne américaine » ici !).

Je passe devant un village qui intéresse ma petite personne puisqu’il s’appelle Степаново (nouveau Stéphane).

La température monte sensiblement : le goudron se liquéfie sur la route…

Et moi aussi…

Je décide à l’unanimité de faire la sieste pendant l’heure la plus chaude dans un gentil petit village avec un magasin achalandé en bouteilles fraîches

L’ombre c’est le repos dit un proverbe Touareg… donc je repars reposé pour affronter un mur de 2 km dans lequel certains camions avancent à peine plus vite que moi, me crachant à la figure des gaz d’échappement nauséabonds. Il s’en est fallu de peu que je finisse à pied et en poussant le vélo.

Après la route est tranquille, je chatte un peu sur internet en roulant.

Je traverse un village dédié aux Elisabeth

(J’envoie en roulant un petit coucou à ma belle-fille Eli…)

Et j’arrive dans la petite ville de Nizhnyaya Poyma et son hôtel Gostinitsa « Medvezhiy Ugol ».

L’hôtel est neuf, doté de tout le confort pour un voyageur à vélo.

Ma chambre est fraîche, sans climatisation alors qu’elle donne à l’ouest en plein soleil : j’ai bien l’impression que les doubles ou triples vitrages utilisés en Russie sont de meilleur qualité que chez nous. En tout cas les épaisseurs de laine de roche pour compléter l’isolation sont plus que conséquentes. On a à faire a des habitations qui ont des amplitudes climatiques un peu plus dures que dans l’Hexagone…

Venons-en maintenant au chapitre

Conduite à droite

J’entends par là, « volant à droite ».

Effectivement depuis mon arrivée en Fédération de Russie je note un accroissement très net du nombre de voiture avec le volant à droite au fur et à mesure de mon avancée vers l’Est de la Sibérie.

Je ne veux pas faire de « statistiques » mais d’epsilon à Moscou on arrive à 60 ou 75 % des voitures particulières entre Krasnoïarsk et Irtkousk.

Quand je vois une de ces voitures en train de faire un dépassement, je vois un conducteur couché sur la place du passager, en train d’observer la circulation en sens inverse. Le dépassement est plus scabreux et 2 fois sur trois ils ne voient pas le malheureux cycliste français.

Quand ce sont des voitures qui me doublent je sais à chaque fois si c’est conduite à droite ou à gauche : les conduites à droite me frôlent beaucoup plus. C’est normal car le conducteur évalue mieux la distance avec moi mais le résultat c’est qu’ils passent plus près quand même.

Et maintenant pourquoi cet engouement pour un volant à droite ?

Jean-Louis m’a dit : parce que c’est moins cher…

Et pourquoi est-ce moins cher ? Ces voitures d’occasion viennent du Japon où on roule à gauche, mais elles bénéficient d’une réduction des taxes qui frappent les véhicules importés en Russie.

Quelqu’un a décidé de favoriser l’importation et la vente en Russie de ces voitures « conduite à droite »…

Il faut croire que celui ou ceux qui sont au cœur de ce business ont trouvé les bons arguments pour obtenir ce cadeau fiscal.

C’est une simple supposition de ma part bien sûr… 🤔

A demain pour la suite du voyage !